Planter des arbres : un risque pour l’environnement ?

Qui n’a pas déjà entendu dire que planter des arbres serait bénéfique pour compenser son impact environnemental ? Nombreuses sont les campagnes mettant en avant de telles initiatives. Pourtant, une récente étude menée par des chercheurs de l’UCLouvain, l’Université de Concepción au Chili a montré que planter des arbres précipitamment pourrait avoir des effets contre-productifs.

Des initiatives bancales

Ces dernières années, les projets de reboisement ne cessent de gagner en crédibilité, de part notamment l’urgence climatique. Toutefois, une analyse publiée lundi dans Nature Sustainability, dévoile comment des programmes de reboisement ont mené à davantage de perte de la biodiversité tout en apportant peu voire pas de résultat quant à la lutte contre le changement climatique, comme ça a été le cas pour la campagne Trillion Trees.

Plutôt que de restaurer des forêts naturelles, près de 80 % des engagements de projets impliquent des plantations en monoculture selon une analyse plus attentive. C’est bien là tout le problème, puisque ces plantations sont moins efficaces pour piéger le carbone.

Un examen du décret-loi 701 : moins de forêts naturelles

Pour arriver à de telles conclusion, le groupe de chercheurs s’est penché sur une politique de subventions menée par le Chili en vue d’encourager la plantation d’arbres dans les années 70, le décret-loi 701. Ce décret visait à inciter les propriétaires terriens privés à reboiser les forêts pour lutter contre l’expropriation.

Bien que la réglementation n’autorisait pas l’utilisation de subsides pour des terres déjà boisées, « une application laxiste et des restrictions budgétaires » l’ont tout de même permis. Des parcelles entières de forêts naturelles ont ainsi été reconverties en de simples plantations.

Les chercheurs ont par ailleurs évalué l’impact des subventions destinées à la plantation d’arbres et en ont mesuré les effets sur le taux en carbone et sur la biodiversité. Ayant pris en compte la superficie des forêts chiliennes selon plusieurs scénarios, les chercheurs ont remarqué que les subventions avaient permis d’élargir les zones boisées. Toutefois, cela avait réduit la surface des zones de forêt naturelle. Ces dernières au Chili sont pourtant de meilleurs puits carbone contrairement aux plantations qui ont augmenté de surcroît les pertes de biodiversité.

Il faut limiter les subventions

Le groupe de chercheurs a laissé entendre que de tels projets pourraient être avantageux pour l’environnement si effectivement de fortes limitations sur les subventions visant par exemple à interdire le remplacement de forêt durables par des plantations d’arbres voyaient le jour.

« Si les politiques encourageant les plantations d’arbres sont mal conçues ou mal mises en œuvre, le risque est grand de non seulement gaspiller les derniers publics mais aussi d’entraîner des pertes tant en carbone terrestre qu’en biodiversité » indique Eric Lambin, chercheur à l’ULCLouvain. « C’est exactement le contraire que ces politiques visent ».

« À l’avenir, les subsides devraient aider à promouvoir la restauration des nombreux écosystèmes naturels riches en carbone et en biodiversité qui ont été perdus » conclut Eric Lambin.

 

Source UCLouvain

Image Arnaud Mesureur

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